Poèmes de Tita Reut, Jean Portante, Bernard Chambaz, Jean-Pierre Faye, Bernard Vargaftig, Maurice Benhamou, René Pons, Antoine Emaz, Joseph Julien Guglielmi
Clémence d'un jardin
Croître
est un faisceau vertical
qui n’a pas d’autre direction
que les pôles
Les bêtes dont nous sommes
interprètent les points cardinaux
La terre jette la vie par tous les pores
et c’est moins et plus beau
que la pureté du vide
Nos tiges sont des printemps qui souffrent
Nos voix éprouvent et commissionnent l’air
mais le grand palais des parcs
attise un recel de destins
L’architecte des jardins
invente
Juste apprise d’un dépassement
infiniment plus grande qu’un rapport à vivre
et aussi juste que la promesse
La fleur
le mouvement de la célébration
Arbre
la chose aimante
qui élève
Eau
le labeur propre de couler
Percevoir est une éternité physique
chaque instant de la peau
sur la mamelle élargie
de vivre
Le mouvement ralenti
des jardins
écrit
avec les mêmes mots
ouvredes masses futures
qu’il ne verra pas
Et nos yeux contemplent
le suffisamment dressé
pour faire de nos corps
la mesure d’un renversement
Qui parle d’appel dans le silence ?
Les petits entendants de la nature
ont perdu le chant brut
L’ignorance est téméraire
et donne
dans le cri de colère ou de menace
l’effacement d’une petitesse
La beauté est plus étrange que la mort
Elle sourit par absence
la fenêtre sol
sur un frais mourir
qui pousse
T i t a R e u t
7 j a nv i e r 2 0 0 5
DANS LE JARDIN DU TROP PASSER CHANTE
l’oiseau neuf du secret. Là où finit l’arbre
ne commence pas l’herbe du naître mais
un miracle de manteau sur le chemin
du retour. manteau qui donne son ombre
à la scie des questions alors que sous l’herbe
se tapissent l’humide et l’espace et le temps.
le long dormir de l’arbre quand de l'obscur
surgit la branche qui sait lire dans les poitrines.
la fenêtre pluvieuse que promet la lumière
est le doigt nord de l’origine. n’est-ce pas là
que l’arbre finit pendu au doigt nord de l’origine.
DANS LE JARDIN DU TROP PASSER DORT UN DRAP
étendu comme un j’oublie sur l’herbe.
s’arrêtera-t-il avant le déclin du dormir.
comment tremblera l’orchestre lumineux
quand seront vidés les instruments de l’avant
vivre. morceaux somnolents et visqueux un peu
comme l’avant parler ou le tunnel d’un silence
à l’autre. seau de naître et de mourir. est-ce
ainsi que se calmera la mémoire prête qu'elle
est à accueillir ce que le vent ne cesse de semer:
à perte de vue les fleurs cicatrisées de l'ombre
commune ou le lent jardinier qui arrose les mots
...
Jean Portante
J1Jean2 13
Je vais dire
jardins se
mouvant ou
glissant de grain
en grain de sainfoin
je lui dirai qu’elles
gringuent et
grainent où
qu’elles soient
ce qui agace
les doigts
jardins courent après
elle qui s’en va
ils ont glissé sans
ses pas elle
se mouvait dos
au vent et signait
des bras
J e a n- P i e r r e F aye
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