Alain Freixe    Dans l'effilé de la lumière


 

Je vais vers celle qui n’est pas une chose du monde. Je vais vers une interrogation. Posée là. Dans le bleu. À la fois doux et dur qui éponge le visage raboté des dernières pierres, celles de toutes les nuits.

Et d’où venue, la géante ? Masse de pierres retournées comme pensivement en elles-mêmes ? Du fond de quelles eaux enfuies ? Des hauteurs de quels ciels tutoyés de trop près dans les gels, les neiges et les orages d’été ? Combien de mots pour ne rien savoir ?


 

*

 

Du cœur de ses entours avance la montagne. Je la regarde. Elle me regarde. Deux regards, et c’est l’attaque. Un court-circuit. Comme une passerelle de lumière au-dessus du vide. Une empoignade. Comme un combat en flammes entre le proche et le lointain. Un feuilleté de lumière entre prises et déprises. Une syncope d’air dans les poussières. Un tourbillon dans les poumons. Et le sang. Quelque chose comme une plaie. Une blessure vive encore de la fracture. Une meurtrière d’air ouverte sur l’inconnu.

Quelque chose commence . S’avance une vapeur. Comme une brume d’âme. Cela qui sèche le loin. Et noie le proche.



 

Qui va là ?

Par ces traces, quelque chose passe. Passe encore. Passe toujours. C’est sans mot la chose qui passe. Comme une livraison d’ombres. Comme ces fumées qui s’écrasent par vagues sur les restes de palissades que l’on voit s’effondrer encore au fond des terrains vagues. Comme ces buées qui racontent aux vitres le froid du dehors.



Dans l’ombre du ciel, quelque chose demeure qui ne saurait être pris. Quelque chose exilé entre deux mottes de terre. Deux touffes d’herbe. Deux arbres morts. Deux nuages apeurés. Deux volées de couleur. Quelque chose creusé par la succession des ciels. Jeté dans la crue de la lumière, à l’abandon, après les collines, dans la distance des pierres sans chemin. Quelque chose attend. Quelque chose qui n’est ni d’ici, ni d’ailleurs. Ni du dedans ni du dehors. Quelque chose que le temps ne saurait prendre. Quelque chose qui reste éveillé dans l’ombre de ses entours. Lente lumière qui s’effile, se déclôt et lève.


 

Rien ne flambe ici. Pas d’éclair. Nul jaillissement. Ni saccades, ni secousses. Quelque chose se défroisse, se détache, se libère. Quelque chose qui ne déchire rien. Ni fond, ni nature. Quelque chose sous la nappe du soleil. Comme une musique tue cherche à s’alléger. Un lent travail de nuage aux prises avec l’emprise de la vallée alors que manque le vent. Quelque chose comme un soulèvement sans aucun souffle pour le porter. Quelque chose qui tient encore pourtant. Et se retient. Quelque chose qui n’en finit pas de s’ouvrir. Quelque chose qui troue la pierre. Remonte par ses veines. S’accroche aux lichens. Quelque chose que le silence des grands ciels l’été renvoie. Un fantôme dans le blanc du jour. Un rayonnement d’étoile dans le silence. Une buée musicale.



 

Comment s’approcher de sa ligne de flottaison. Surtout ne pas peser. Suspendre ses pas, ses pensées du jour et ses mots de toujours. Ne rien faire. Laisser le soleil agir.Laisser transpirer la pierre et que le ciel boive son ombre.


Comment faire voir l’un dans l’autre la pierre et son ombre ?


Comment dire cela qui se dérobe, qui dans l’air prend forme et qui fait nuage au ciel des pierres dans le tremblé de la lumière ? Cela que la ligne de coupe d’un sanglot emporte et perd dans des forêts de légende.

 

*


Quand les couleurs touchent au silence et lui donnent ce timbre que l’on sait aux surfaces de l’eau quand une onde les traverse après la déchirure de la pierre.

Que voit-on que je ne dis pas ?

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